• Ambre

18 Juillet 2021. Madeleine(s) de Proust.


Je me demande souvent ce qu’elle penserait. De ces choses que j’ai gardé « en mémoire ». En mémoire d’elle, d’eux, et j’imagine, plus largement, de mon enfance à leurs côtés.

Je me demande si elle serait déçue ou en colère qu’on ait donné des choses qu’elle aurait peut-être voulu que l’on garde. Si à contrario, elle rirait de certaines choses que j’ai toujours avec moi. Un baume à lèvre qui doit avoir près de 25 ans, au fin fond de ma boite à souvenirs, celui même qu’elle me mettait sur mes lèvres lorsqu’on se changeait après la plage dans les toilettes du club med alors que je devais avoir moins de 8ans. Je me souviens avoir ouvert grand les yeux en tombant à nouveau sur cette relique il y a quelques années, dans la salle de bain, vide et portant encore l’odeur intacte de coco.

Je me demande ce qu’elle dirait de l’antique bouteille vide d’un parfum Yves Saint Laurent «Paris» qu’ils n’éditent peut-être même plus, qui trône parmi mes parfums à Dubai, juste parce que là encore, il sent « elle ». Que je garde un échantillon de son dernier parfum, « Angel » dans ma boite à souvenir. Mes madeleines de proust sont olfactives. Quasi toutes.


Je me demande si elle aurait des commentaires à faire, sur le fait d’avoir apporté chez l’horloger des petites montres fantaisies qu’elle avait, et d’avoir payé leur remise en l’état surement bien plus que leur valeur intrinsèque. Si elle aurait su me consoler en réalisant que j’avais probablement perdue ma chaine de baptême, sur laquelle je voulais porter l’un de ses pendentifs. Elle ne se souviendrait probablement pas la moitié de ces choses. Surement même, avait-elle en tête que j’emporterais avec moi d’autres reliques.

J’aurais aimé lui dire. Ces petits détails. Je ne suis pas sûre, en lui expliquant, qu’elle aurait su comprendre la mesure de l’attachement que je tentais d’expliquer, par ces si petites choses. Elle aurait surement trouvé ça cocasse, anecdotique.


Je me demande si les enregistrements que j’avais fait d’elle il y a 3 ans et demi, survivront éternellement sur mon cloud. Je me demande si un jour j’aurais même le courage de les écouter, ou s’ils resteront là, des années durant, vierges de toute écoute.


Je me demande combien de temps encore j’arriverai à réciter dans ma tête la voix de mon grand-père sur le répondeur, et l’exacte texte. Quand j’ai l’envie d’entendre sa voix, c’est ce « bonjour, vous êtes bien sur la boite à message... » que je me récite. Je me dis qu’il n’aura jamais su que lorsque je dois penser à un endroit paisible, j’ai 6 ans sur la plage, du club med toujours, et l’on chante « là haut, sur la montagne ».



Je me demande si j’aurais d’autres réalisations aussi banales que brutales, comme il y a deux jours, dans les toilettes du bureau, en me faisant la réflexion que plus personne au monde ne m’appellerait jamais « Maëlys », comme eux seuls le faisait. Que ce prénom était un peu disparu avec eux.

C’est compliqué d’imaginer les morts, quand on ne croit pas en dieu. Je ne suis pas convaincue que l’exercice soit plus facile pour les croyants.

Tout ce qu’il nous reste, ce sont les souvenirs. Les souvenirs, un baume à lèvre de 25 ans, et une bouteille de parfum vide Yves Saint Laurent.