• Ambre

2020 et le sport

J’ai commencé à courir en 2015. J’en parlais ici, précédemment, de manière assez détaillée. Pas que je ne faisais “rien” avant, j’avais toujours été active dirons nous, mais on pourra statuer que 2015 a démarré ma vie de sportive telle qu’elle me définit aujourd’hui.


À travers les années, j’ai partagé, souvent, ou en tout cas régulièrement. Au début beaucoup de mes sorties. En post Facebook (du temps où Facebook était encore hype), puis en stories ou en publication sur Instagram. Pas toutes, mais disons les distances phares. Je postais donc, avec la petite distance qui va bien écrite sur la photo, le “garmin” ou “run keeper” écrit sur un côté. Une occasion de glisser par-ci par-là les performances, ou les courses à venir. J’ai fait partie du lot de ceux qui postent leurs photos d’avant course, celles qui consistent à mettre son dossard par terre, avec ses chaussures, ses chaussettes, ses ravitos, sa montre. J’ai posté mes photos d'après course, avec ma médaille, fière. Pour des 10 km, des 20 km, des 21.1 km, des 42.2 km, des 113,13 km. J’en ai fait des récits, court ou long. J'ai partagé d'autres moments de ma vie de sportive, ponctués de commentaires de type “on lâche rien !”, “que du plaisir !” ou accompagné de l’heure extrêmement matinale de mes sorties comme preuve de ma motivation. J’ai affiché, crié de fierté que j’étais marathonienne en 2017, puis en 2018, et l'Ironman 70.3 en 2019.


Quelque part, en postant toutes ces photos de sport, de course à pied, j’avais l’impression de partager, mais surtout d’affirmer mon identité en tant que sportive. Voilà, la fille qui ne pouvait pas faire 5 km sans s'essouffler, elle faisait ça aujourd’hui. Elle faisait des choses difficiles, elle faisait des choses exigeantes. Poster ce genre d’accomplissements, c’était vouloir transmettre aux autres un message sur soi, ou plus exactement son identité (c’est d’ailleurs le propre des réseaux sociaux). Cette tendance à poster ses performances, c’est d’ailleurs quelque chose qu’on retrouve bien plus chez les “nouveaux sportifs” (comprendre dans ce rythme de pratique depuis quelques années) que chez ceux qui étaient sur des skis dès leur plus jeune âge.

Chaque course était suivie d’un nouvel objectif, vite, pour garder toujours une nouvelle échéance au coin de sa tête. Se dire “je vais faire un marathon par an” ou bien “je cours un half ironman cette année, pour dans deux ans, en faire un full”. A prévoir toujours plus et surtout toujours plus dur. Peut-être pour continuer à me sentir encore plus forte, peut-être pour continuer à me sentir encore plus accomplie dans ce sport. Il faut dire, ça a quelque chose de magique, de voir ce qu’on arrive à faire de ce corps qu’on pensait si feignant.



Tout ça nous amène donc à nous demander quel est donc le plan sportif pour 2020 ?

He bien rien. Nada. Que tchi. Quedal. Je me retrouve (à nouveau) sur la ligne de départ de l’Ironman 70.3 de Dubaï dans quelques semaines, mais après, finito pépito.

À force d’enchainer les “défis sportifs” qui au final, n'importaient à personne d'autre qu’à moi, je me suis un peu oubliée en chemin. Il s’agissait toujours de faire mieux. J'étais tellement dans le truc que chaque baisse de niveau était une contrariété, chaque course où le RP (record perso) n’est pas au rendez-vous donnait une impression d’échec. Il fallait toujours faire plus. Plus fort, plus haut. Plus important. Au point de me sentir un peu coupable les jours où je n’allais pas au vélo, au point de vivre des remises en question lorsque mes courses ne se passaient pas comme prévu.

Oui certes, on a beau balancer des publications de type “8 km de plaisir aujourd’hui”, ces fameux 8 km de plaisir finissent parfois perdus dans un océan de plan d'entraînement à destination de nouvelles futures performances. Encore. Comme si, courir x distance en 1h23 plutôt qu’en 1h30 allait changer la façon dont je me considère. De la même façon que je n’ai plus envie de suivre un plan d'entraînement strict qui ne laisse que peu de place aux autres sports que je pratique. Pourquoi est-ce que je devrais faire “absolument une sortie longue ce weekend” alors qu’au final, j’ai plutôt envie d’aller nager en ce moment (ou aller taper dans un sac de sable, ou que sais-je) ?


L’autre truc qu’il s’est passé je crois, c’est qu’avec les années, je me sens de plus en plus épanouie, par le sport certes, mais par une multitude d’autres raisons. De ce bonheur qui fait qu’aussi important que demeure le sport dans ma vie (et il prend bien un bon 8h/ semaine), il n’est plus une valeur “refuge”. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de poster mon temps à un 3e marathon pour savoir que oui ma gueule, je suis une putain de sportive.

Le sport pour moi, n’est plus “garant” de mon accomplissement ou de mon identité première, c’est simplement quelque chose que j’aime faire et partager : avec Vincent, avec les copines du vélo, avec les amis. Je fais du triathlon, je kiffe bien, on peut en parler, mais j’ai aussi envie d’avoir d’autres sujets de conversation, d’autres sources d’accomplissement. Je n’ai pas besoin de te parler de ce que je fais, pour être fière toute seule dans mon coin de ce que je fais. On peut plutôt parler d'autres choses.

Attention, je ne dis pas que prévoir des courses ou de poster ses publications garmin inutile : il s’agit d’un vecteur de motivation qui peut être formidable lorsqu’on débute, et un beau moyen de recevoir des encouragements. Un moyen de partager sa joie des progrès qu’on peut faire. Il faut juste être capable d’identifier pour quelle raison on le fait.

Pour la première fois, en 2020, j’ai décidé de ne rien prévoir à la suite de l’ironman 70.3 et je n’ai jamais trouvé ça aussi reposant. Je sais que je vais continuer de faire du sport tous les jours, que je vais continuer de me lever tôt, peut-être plus tous les jours, mais plusieurs fois par semaine. Peut-être qu'une opportunité sportive qui me motivera se présentera, peut-être pas. En 2020, j’ai envie de piocher dans l’éventail de ce que je sais faire (autre point absolument jouissif depuis que j’ai cessé de ne faire que de la course à pied) pour faire ce que bon me chante, sans savoir qu’aujourd’hui, j’ai besoin de faire x temps de fractionné ou que je ne dois absolument pas louper ma deuxième séance de vélo. J’ai envie de faire du vélo, de nager, de courir, plein de type de yoga différents, de la muscu, mais aussi de faire de la boxe avec Vincent, se donner plus de temps pour danser la salsa ensemble ou pourquoi pas de commencer un nouveau sport. Remettons le sport à une place plus saine, plus équilibrée, remettons à sa place de “plaisir”, de vrai. Ajoutons-y de la variété, utilisons le pour se dépasser oui, mais sachons prendre en compte que nous n’avons pas toujours besoin de faire “plus dur” pour être “plus fort”, ou “plus quelque chose”.

Parce que avec le temps, avec l’épanouissement, on n’a pas besoin de prévoir telle ou telle course pour garantir son identité. On sait, par les heures dédiées, par notre corps, qu’on l’est. Et cela n’a jamais été aussi jouissif.

© 2018 - Textes et photos par Ambre Josse.  Portrait photo de présentation par Mademoiselle Moutarde
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