• Ambre

De l'art de faire un Ironman 70.3 et de ne pas oublier sa crème solaire.


De la même façon que je ne pensais pas un jour écrire un article sur le marathon, je n’aurais jamais imaginé en écrire un, un jour, sur un Ironman 70.3. D’ailleurs, je ne savais même pas ce que c’était un « Ironman ». Je n’sais pas pourquoi, j’imaginais un truc qui se courait dans la jungle, de type Diagonale des fous à la Réunion.

A mesure des hasards de la vie, à mesure des évènements, on se retrouve parfois novice dans un domaine, puis initié, et ces mots auparavant inconnus prennent soudain des consonances familières. C’est comme ça que j’ai appris qu’un Ironman 70.3 (ou Half Ironman) c’est un long triathlon, qui consiste à nager 1,9 km, faire du vélo pendant 90 km et terminer par un semi-marathon (21,1 km). Le « 70.3 » correspond à la distance cumulée en miles, soit 113,14 km.


On ne se lève pas un matin - en tout cas rarement- en se disant de but en blanc qu’on va faire ce genre de chose. Cette idée, cette décision, c’est le fruit d’un processus de temps, une progression qui nous fait un jour courir 5 km puis 10, puis un semi, puis quelques années plus tard, poussée par l’adrénaline et l’envie de défi, un marathon. Après encore, on se dit alors « et maintenant quoi ? ». Ma réponse à ce « et maintenant ? », c’était le triathlon, que j’ai commencé à pratiquer peu après mon arrivée à Dubaï, en avril 2018.


Il a donc fallu apprendre. Apprendre à gérer une plus grosse nécessité d’entrainement (ajouter à la course-yoga-musculation le vélo de route et la natation), apprendre à utiliser ledit vélo de route, apprendre à nager et s’orienter en mer par tout temps, tout vent, toutes vagues. Autre paramètre clef de ce sport, il a fallu apprendre à enchainer – passer du vélo a la course à pied est quelque chose de très particulier qui demande à être pratiqué en entrainement pour gérer l’effet « jambes de bois ». Il a aussi fallu apprendre à s’organiser : ne plus débarquer les jours de course la fleur au fusil avec un short, une paire de baskets et deux pâtes de fruit dans la poches, mais préparer à l’avance ses sacs de transition (le passage de la natation au vélo puis du vélo a la course) en y mettant ses deux tenues complètes, ses besoins en alimentation, en eau, en pharmacie diverse pour sept heures (dans mon cas) à déposer la veille avec son vélo.


Commencer un nouveau sport a aussi un côté rafraichissant : on débute vierge de tout chrono existant à essayer de dépasser, on n’est pas déçu (même pas un tout petit peu) lorsque on ne fait pas mieux que la dernière fois. Quand on débute, on se contente de vouloir finir et ça suffit à l’entièreté de la fierté.


Ce 1er février, dix mois après avoir débuté ce sport et date de l’Ironman 70.3 de Dubaï, j’étais un peu fébrile : diagnostiquée début janvier d’une fracture de fatigue au pied droit, qui s’est révélée à l’IRM être une légère tendinite, il était tout d’abord question de ne pas faire ce triathlon, puis de ne faire que la natation et le vélo. C’est avec prudence et incertitude que j’ai décidé de tenter l’aventure en entier tout de même, en me promettant de déclarer forfait au moindre signe de faiblesse. Je suis repassée au parc à vélo le matin pour des dernières vérifications, j’ai enfilé ma combi par-dessus ma tri-fonction (la tenue que l’on garde pour l’ensemble des 3 sports), mon bonnet mes lunettes et je me suis dirigée vers la plage.


(vous pouvez avoir un apercu de la course dans cette video)


Commencer par la natation, ça me détendait et me soulageait. Chaque pratiquant du triathlon a, dans le lot de ces sports, un « point fort » et un « point faible » (ou tout du moins une forme de hiérarchie dans les sports avec lesquels il est le plus à l’aise). Dans mon cas, enfance dans les îles oblige, commencer par la natation revenait à commencer par ce qui m’était le plus simple et agréable, d’autant plus en « eau libre » (une pratique bien différente que dans une piscine).


Ce que je trouve fascinant dans le triathlon, c’est que chaque sport est une course en soi. On ne prend pas vraiment le départ en se disant « c’est parti pour x heures » mais on se concentre simplement sur la l’épreuve en cours. Je me souviens être sortie de l’eau et avoir remis les compteurs à zéro, pendant que j’enlevais fébrilement ma combi, une Pom’pote à la bouche, mes chaussures et le casque de vélo sur ma tête. J’étais surtout flippée de la grande inconnue à venir de ce triathlon, qui était pour moi le vélo.

Considérant le fait que ma pratique du cyclisme se limitait à un velib occasionnel lors des soirées parisiennes trop alcoolisées, c’était le sport dans lequel je m’étais trouvée débutante en avril dernier. Pour moi c’était d’autant plus déroutant que le vélo -contrairement aux deux autres sports- consiste à introduire un élément exogène dans sa pratique sportive qui s’accompagne de tout un tas de savoir technique (changer un pneu, apprendre à rouler avec des pédales semi automatiques, savoir quel type de selle il nous faut, quel modèle de vélo, si on doit rouler avec des prolongateurs…). La veille, j’avais regardé 10 vidéos YouTube sur comment changer une chambre à air et même imprimé un « pas à pas » que j’avais glissé sous ma selle.


Bref, cette épreuve me paraissait pleine d’incertitudes et longue (d’autant plus que l’écoute de musique est interdite sur l’ensemble des épreuves au triathlon). La bonne nouvelle donc, est que non seulement John (oui parce qu’il est coutume de nommer son vélo) a parfaitement tenu le coup, mais cette épreuve fut vraiment sympathique. J’ai croisé pleins de dromadaires, passé bien 15 minutes cumulées à essayer d’ouvrir mes Pom’potes à une main, et pratiqué intensément la saisie à la volée des bouteilles tendues aux ravitos.

Je me souviens être arrivée avec la patate, accueillie à l’entrée de la transition par les encouragements de Vincent. Je crois que c’est quelque chose de nouveau propre à ce sport : à changer d’épreuve, de façon de pratiquer (dans l’eau, au sec, porté /non porté…) on varie les plaisirs et on range au placard la monotonie ou le classique « coup dur » au Xe kilomètre.


Toute cette aventure m’a finalement amenée, quatre heure trente après le début de la course, à la redoutée épreuve de course à pied soit le semi-marathon final. Entre les difficultés à préparer le marathon d’Astana et cette histoire de pied, courir me parait peu motivant voire pénible depuis que je suis arrivée à Dubaï. Je me savais non-entrainée pour cette dernière épreuve (pour cause de repos obligatoire) et que la gestion en serait probablement un peu longuette et compliquée (sans mentionner la problématique de la transition mentionnée plus haut).


Ça n’a donc pas loupé, cette dernière partie s’est faite dans la douleur -non pas musculaire pour une fois, mais due à des crampes d’estomac, compagnes du premier mètre de course à la ligne d’arrivée (mais je tiens à préciser que j’ai tout d’même attendu d’avoir passé la ligne d’arrivée pour vomir)-, mais pas dans l’inquiétude de ne pas y arriver. Déjà parce que je connais assez bien mon mental maintenant, et ensuite parce que j’étais « large » sur le « cut off time » : ce temps imparti maximal dans lequel la course devait avoir été complétée, qui était à Dubaï de 8h30. N’ayant aucun objectif de temps si ce n’est que de finir cette course, je ne me suis donc pas pressée (je n’étais de toute façon pas vraiment en état). J'ai donc franchi la ligne d'arrivee quelques 7h46 plus tard, un temps qui m'allait tout a fait vu mon etat et ce statut de "premiere fois".


On en retient quoi ?

L’ABSENCE DE CREME SOLAIRE. Qui est là un sujet sérieux. L’oubli de la crème solaire (suivi d’un « j’y pense mais je n’ai pas le temps) m’a valu une brulure au second degrés au dos, antibio-crème de Bétadine-pansements et trois jours atrocement douloureux (neuf jours après cette course, j’ai encore des pansements dans le dos). Avec ma peau pâlotte et l’enfance calédonienne, des coups de soleil, j’en avais eu mon lot plus ou moins sérieux, mais je n’avais jamais envisagé le fait que passé un stade, ledit coup de soleil se transformait simplement en plaie qui peut s’infecter. On oublie aussi, sous couvert de « c’est pas grave » ou « ça me donnera des couleurs » que la peau est l’un de nos organes les plus importants et protecteurs. Quand on demande à son corps de produire un tel effort sportif et de nous porter au bout du bout, le moins que l’on puisse faire, c’est tout de même d’en prendre soin un maximum.


Et puis…. La fierté tout d’même, à commencer parce qu'il y a trop peu de femmes dans ce sport et qu'elles ne representaient que 17% des arrivees ce 1er fevrier. J’en ai déjà parlé à plusieurs reprises, mais l’ennui quand on évolue dans un domaine, quel qu’il soit, c’est qu’on finit parfois par perdre de vue d’où on est parti et les progrès réalisés depuis. On oublie, avec le temps et la longue distance, que ce qu’on fait n’est pas anodin. On n’est pas toujours rapide, on n’explose pas le chrono, mais on est quand même un sacré athlète. Comme tout sport d’endurance, il faut de l’entrainement, de l’assiduité, et du dépassement de soi pour en arriver là, mais on peut partir de rien, rien du tout, et arriver là. Ça rend fier, et ça donne un petit gout de reviens-y. Parfois, j’aimerais bien revenir voir la Ambre de 15ans qui crachait ses poumons en courant 400 mètres en EPS. J’suis pas vraiment certaine qu’elle me croirait.



© 2018 - Textes et photos par Ambre Josse.  Portrait photo de présentation par Mademoiselle Moutarde
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