• Ambre

De l'art de préparer un marathon sur tapis et le courir au Kazakhstan

Mis à jour : 27 mai 2019


Après le marathon de Paris en 2017, j’avais envie que cette course ne reste pas lettre morte, une sorte de one shot qu’on aurait réalisé avec peine et vite oublié dans un coin. C’est ainsi que je me suis mise en tête de trouver une destination pour un deuxième marathon en 2018. Après des semaines de tergiversations et de simulations de billets multiples, mon choix s’est donc porté sur Astana, au Kazakhstan. Le pays m’était inconnu, la ville plutôt proche (4h30 et quelques de vol), le parcours ne faisait pas de boucle (=repasser plusieurs fois au même endroit) et enfin, la date (septembre) me laissait un temps suffisant pour ne pas superposer cette course à mon projet d’Ironman 70.3 début 2019.


Ce faisant, j’avais néanmoins oublié un détail clef dans mes considérations : l’été à Dubaï. Comme je vous en parlais ici, il s’agissait de mon premier été et il m’était difficile d’en imaginer les impacts et conséquences. He bah ça n’a pas manqué. Après quelques sorties extérieures souvent infructueuses, je me suis faite une raison : il faisait déjà 36 degrés à 5h30 du matin et si certains s’en sortaient plutôt bien à cette température, ce n’était pas mon cas.

En fait, j’ai toujours détesté courir l’été. En France, je courais en hiver (mon moment préféré), au printemps, à l’automne, mais l’été jamais. Il faisait trop chaud, trop lourd, bref je n’y prenais aucun plaisir et je profitais en général de cette période pour changer/diversifier mon activité sportive. Autant vous dire qu’à Dubaï, contrainte et forcée par cette échéance, j’ai été servie.


La prépa sur tapis (ou le sport l'été à Dubai)

Ce marathon s’est préparé à 95% sur tapis de course, trois fois par semaine, pendant environ 12 semaines. J’ai eu beau me renseigner sur des forums de course avant, je n’ai trouvé que peu de cas similaires pour la plupart critiquant vivement ce choix (mauvais pour les articulations, pas de liberté d’allure, inclinaison inexacte du tapis en comparaison de la route, monotonie…). Je ne me suis pas trouvée d’ostéo local contrairement à l'année dernière et j’ai décidé que mes chaussures qui avaient 650+ km dans les pattes pouvaient bien en tenir quelques centaines de plus, faute d’avoir trouvé une boutique de run appropriée (oui oui, à Dubai).

Je ne sais pas vraiment comment raconter tout ça. Courir sur un tapis, c’est long. Quand c’est trois fois par semaine pour un minimum de 50 minutes c’est encore plus long. À trois semaines du marathon, alors que je devais accomplir mes sorties les plus longues (de 20 à 25 km, soit 2h-2h30) j’ai même fini par totalement bloquer aussi bien mentalement que physiquement et rentrer chez moi après 15 minutes. La fin de l’été approchant, j’ai réussi à switcher sur des sorties extérieures à 15 jours de l’échéance en serrant les dents lorsque mon réveil sonnait à 5h du matin (et qu’il faisait déjà 30 degrés). 

Bref comme vous pourrez le lire, cette préparation fut compliquée à tenir d'un point de vue mental. Ponctuer son entraînement de sorties régulières sur tapis est une chose, renoncer à l'extérieur quand on prépare un si gros enjeu sans possibilité d'alternative pourrait presque être à s'en dégouter et franchement, je n’en ai pas été loin. Si c’était à refaire, honnêtement, je ne le referais pas, pas comme ça. J’aurais décalé l’enjeu dans le temps.


Astana / Noursoultan

Astana (renommée Noursoultan depuis) déjà, pour vous la faire courte, c’est la capitale du Kazakhstan. Ça fait partie de cette forme de tourisme que j’affectionne particulièrement, qui consiste à se retrouver un peu seule dans un pays qui ne parle pas anglais et qui n’a pas vraiment l’habitude de vous avoir comme touriste. Astana, c’est une ville un peu spéciale architecturalement parlant, où on a décidé de placer des monuments futuristes sur des grandes avenues de façon relativement aléatoire. Et comme chaque fois qu’on voyage en Asie centrale, ça n’a pas loupé, j’ai adoré l’ambiance (et je me suis dit que j’y reviendrai pour faire le reste du grand pays).

C’était la 10e édition du marathon d’Astana, qui a enregistré 700 coureurs à l’arrivée cette année (en guise de comparaison, en 2018 il y en avant 42 625 à Paris), dont seulement 80 femmes. Qui dit petite fréquentation dit…bah oui, 42.2 km dans des grandes avenues vides et toute ton imagination pour t’encourager (petit exemple en photo).


Même si les encouragements, ça ne paraît pas « si » impératif, je peux t’assurer que mon prochain marathon impliquera une densité de personne au m2 qui explose les records, avec les familles venues encourager avec leur petit panneau et tout le tralala.

 En prenant le départ cette année, question « sorties longues » je n’avais pas dépassé 3x15 km (1h30-40 tapis, c’était mon seuil de tolérance psychologique maximal) et en ce sens, je savais que question prépa et conditions de course bon, ce n'était pas ça. Il faut quand même que je souligne l'organisation du marathon, qui en dépit de la petite fréquentation, était bien ficelée : de la pasta party, au bib, aux ravitos, il n'y a rien eu à dire. Pensée émue pour les gens qui nous regardaient avec des gros yeux en nous voyant débarquer avec nos sacs-poubelles en guise de tenue isolante du froid à 6h du matin. Visiblement, la technique pourtant plutôt populaire sur les départs de course n'était pas très répandue ici.


Je ne vais pas trop trop rentrer dans les détails de cette course. En quelques lignes je peux te dire qu’elle m’a été pénible dès le 15e km, douloureuse dès le 20e et limite insoutenable (oui j’utilise un peu les grands mots) dès le trentième. Je t’épargne l’envie de pleurer au km 30, en réalisant que j’allais encore devoir tenir 12km. Et 12 km quand tu as vraiment mal aux jambes, c’est très, très, très long et ce sentiment l’année dernière, je ne l’avais eu qu’au…39e km. Globalement, le fait que je n’ai pas abandonné tient presque du miracle, mais je peux aussi te dire qu’en vérité, me connaissant, à moins de me blesser véritablement, ce marathon, je l’aurais fini en rampant s’il avait fallu.


Mon premier marathon est un des plus beaux sentiments d’accomplissement que j’ai pu ressentir. C’est quelque chose de compliqué à imaginer tant qu’on ne l’a pas couru, mais ça vous donne une impression que vous êtes capable de tout. C’est quelque chose qui me porte encore sur un nuage quand j’y pense. Celui-là, celui de cette année, m’a fait prendre conscience que je suis capable « de tout et bien plus encore » mais a été réalisé dans une douleur et pénibilité telle, de la prépa à la course, que j’ai du mal à identifier le sentiment que j’en retiens.


Au final, le marathon est accessible à tous, mais pas dans n’importe quelles conditions. C’est un travail de patience, qui implique une pratique sportive qui se compte en année et d’un plan d’entrainement sur 3 mois environ un minimum précis et rigoureux. Ça ne sert à rien de s’épuiser six mois avant à s’imposer un semi-marathon par mois, il faut savoir doser, s’économiser quand il le faut et emmagasiner les km le moment venu.

En vrai, j’ai adoré ce weekend kazakh parce que c’est un choix touristique dans lequel je me retrouve plus désormais et parce que je reviens un peu sur la terre de mes ancêtres. Ce séjour, ça restera une expérience hors du commun dans un pays hors du commun. Une grande leçon d’opiniâtreté, de pugnacité et de résilience (oui oui, tout ça) et un rendez-vous prit pour une prochaine fois.


Donc là c'était ma tête fraiche et reposée à l'arrivée



© 2018 - Textes et photos par Ambre Josse.  Portrait photo de présentation par Mademoiselle Moutarde
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