• Ambre

De l’art de revenir là où l'on a vécu – Paris

Mis à jour : 10 janv. 2019


Hiver ensoleillé et Champs-Élysées

Cette semaine, je suis revenue à Paris pour la première fois depuis que « je n’y vis plus ». J’avais déjà vécu ailleurs auparavant, une année à Montréal pour être exacte, mais c’était alors différent. A l’époque, je savais bien que j’allais revenir l’année d’après, à minima pour y terminer mes études. Mais là, pour la première fois, je suis revenue dans cette ville que j'ai quitté. Un peu comme quand on revient chez soi (en l’occurrence à Nouméa) sauf que là, c’est encore une autre histoire. C’est un bout de nous, là où on a été huit ans, ou on a construit une vie entière. Ce n’est pas « chez nous » mais c’est quand même une partie significative de notre histoire. Voilà, maintenant que vous vivez ailleurs, dans une troisième ville, vous ajoutez un nouveau nom sur la liste des endroits où vous aimez à revenir.


On revient dans cette ville donc, où soudainement, on se retrouve touriste. Touriste tout en y connaissant le recoin des rues, les arrêts de métro, les bars de ci de là. C’est marrant, Paris, ça nous manque quand on n’y vit plus alors qu’on en a marre quand on y demeure encore. A Paris il fait froid, gris, humide, sombre, il y a le métro, il y a tout ça, mais pourtant, dès lors qu’on redécouvre le Paris Touriste, celui que l’on connait mais où l’on peut déambuler à son gré, celui où l’on peut prendre le luxe d’éviter l’heure de pointe pour parcourir je n’sais quel quartier pittoresque, la ville revêt soudain ses allures de films qu’on avait oubliées


Revenir, c’est aussi retrouver ces gens qui sont restés. Je ne vous dirai pas « c’est rattraper le temps perdu ». Aujourd’hui, on ne rattrape pas grand-chose, on sait déjà, on a skypé, whatsappé, appelé…On poursuit simplement les discussions, celles qu’on avait la semaine dernière, mais cette fois, on a posé nos téléphones ou notre ordinateur et on trinque directement. Revenir, c’est retrouver l’espace d’un déjeuner, d’un diner, d’une expo, d’un verre, d’un café, ceux qui constituaient votre quasi quotidien dans cette vie précédente, avant de vous en aller, ces amis qui vous sont chers et qui vous manquent régulièrement. Vous vous retrouvez comme si de rien était, et à la fin vous vous dite « bon, a la prochaine ! », sauf que la prochaine, maintenant, c’est dans six mois. Remarquez, six mois, ce n’est déjà pas si mal, et puis qui sait, ça sera peut-être même moins. Parfois les choses ont changé tout de même. On nous présente de nouvelles personnes, on se raconte nos nouvelles vies.

Revenir, c’est aussi s’engager dans un sacré marathon social. On dit « Alors si tu veux, on peut se voir mardi, parce que là je suis avec Deborah chez elle, ce soir, je sors avec Laurent et Fanchon à Cadet, demain matin, je fais une expo avec Adrien au Grand Palais, le midi, je déjeune avec Florian sur les champs, l’après-midi, je bois un café avec Clotilde, je vois Dam et mon chat, puis le soir, je retrouve l’ensemble des caledo » (un extrait réel de la semaine). En l’espace d’une semaine, vous voyez probablement plus de têtes différentes que ces trois derniers mois.


C’est fou aussi, quand vous revenez, on vous dit « Alors, Dubaï ? » et c’est compliqué tout à coup, de résumer tout un nouveau pan de votre vie en quelques mots, la substantifique moelle de votre expérience étrangère. On se demande alors de quoi parler ? Des gens, des voyages, des paysages, du travail, de l’ambiance, de combien de temps on pense y rester ? C’est compliqué ce condensé de vie, cette réponse au « Alors ? ». Moi je n’sais pas trop quoi dire, je ne sais jamais vraiment ce qu’on attend comme genre de réponse d’ailleurs. Alors je bredouille des trucs, je résume dix mois de vie en un « Oh bah écoute, c’est vraiment très sympa, il fait beau, y’a la plage, ça bouge pas mal », alors qu’en vrai, je sais pas moi, y’a tellement plus de choses qu’on pourrait dire.


Revenir, c’est aussi bêtement constater ce qui n’est plus votre quotidien. Voilà, ici il y a votre Ecole, la votre ancien chez vous, ici encore là ou vous courriez. C’est drôle ce constat que ces choses n’appartiennent plus qu’au monde des souvenirs. Les études sont terminées, vous avez déménagez par exemple. Ce sont des choses que vous ne pourrez jamais retrouver, car ce pan de votre vie est terminé. Des choses dont il ne vous reste aujourd’hui que des moments logés au creux de votre cœur et votre mémoire. Des souvenirs, qui heureusement, s’accompagnent d’un bel entourage qui a su lui, rester, évoluer avec vous et demeure le témoin vivant, de ce que Paris vous aura un jour offert.



© 2018 - Textes et photos par Ambre Josse.  Portrait photo de présentation par Mademoiselle Moutarde
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