• Ambre

De l’art de s’échapper un weekend en Iran

Mis à jour : 25 mai 2019



Comme évoqué précédemment, changer de lieu de vie implique de changer de géographie environnante. De nouvelles destinations, autrefois plus lointaines, s’offrent alors à soi pour de courts et moins courts week ends. A Dubaï, pêle mêle vous trouverez par exemple Oman (et autres pays du Golfe), la Jordanie, le Sri Lanka, l’Inde ou encore…l’Iran.


Il y aurait un nombre incalculable de choses à raconter sur ce pays, son histoire, sa culture, sa politique aussi. Pour des raisons principalement médiatiques et géopolitiques, l’Iran est facilement vu comme un pays fermé, peu accessible et aux risques « élevés » de se trouver, en tant que simple touriste pris dans le jeu du conflit géopolitique global (sous quelle forme ?) ou d’un soulèvement de la population quelconque (on se souvient des manifestations contre la vie chère en décembre dernier ici). Il serait bien évidemment exagéré de dire que cela est tout à fait faux et de faire fi des politiques nationales et internationales en vigueur, mais ces énoncés sont néanmoins bien loin de la réalité quand on fait l’expérience du pays en tant que touriste. (d’ailleurs, lorsque vous vous interrogez sur un pays, n’hésitez pas à aller consulter les fiches conseils du Ministère des affaires étrangères disponibles ici ).


Mosquée Vakil - Shiraz

L’Eid al fitr, la fin du Ramadan, offre quelques jours fériés qui ont cette année permis une échappée de quelques jours à Shiraz (ou Chiraz), la troisième ville « culturelle » du pays située dans le sud. C’était ainsi l’occasion de faire un premier pas en République islamique d’Iran avant un plus gros voyage dans ce même pays une prochaine fois.


On ne va pas se mentir, lorsqu’on vit à Dubaï (et encore, ça ne fait que 4 mois), on finit inévitablement par se languir d’histoire et d’un peu d’authenticité.


Enthousiasmée par les romans que j’avais pu lire ces dernières années sur la culture perse en Iran ou en Afghanistan (vous trouverez une petite bibliographie en fin d’article) ou encore les livres que j’avais dû parcourir au gré de mes études sur le sujet (idem) j’étais extatique à la perspective de ces quelques jours.

Shiraz - Vers Parham

Sans vouloir faire de trop grosses généralités de 4 petits jours dans un territoire qui en vaut 40, ce pays est parmi les plus fascinant qu’il soit, et j’avais rarement été aussi émerveillée. Je pense aussi (mais je ne dis certainement pas cela d’un point de vue positif) que l’embargo en place depuis 1995 contribue à dépayser l’occidental habitué à retrouver les mêmes références commerciales à l’international. Pour qui aime le raffinement dans chaque détail (monuments, cuisine, gens), l’Iran en est une figure de proue. À Shiraz, vous vous promenez entre dédales de petites rues étriquées ou artères bouchées par de vieilles Peugeot 404 pour dénicher à certains coins de rues des Mosquées avec des vitraux sublimes, des jardins travaillés, une passion certaine pour les poètes iranien (Hafez, Saadi)… Et comment évoquer Shiraz sans vous mentionner Persépolis et Naqsh-e Rostam (Necropolis), 2500 ans d’histoire plus tôt ?


C’est aussi un des rares pays où l’on m’a autant demandée d’où je venais, et où aussi, je n'me suis autant sentie « rare touriste » par opposition aux lieux parfois saturés que l’on peut trouver dans d'autres contrées du monde.


Oh Iran, vivement que je revienne te voir.


(Pour en savoir plus sur les livres, l'embargo, et des conseils aux voyageurs en vracs, c'est juste en bas)


L’embargo en 3 lignes : Les embargos ont été nombreux en Iran. D’abord sur les actifs financiers en 1979 (année de la révolution islamique), puis armes pendant la guerre Iran-Irak, puis sur le pétrole et enfin le plus « visible » économique. Ces restrictions ont notamment été durcies suite aux reprises de la recherche nucléaire en 2005. Une règle qui d’apparence ne devrait pas concerner les autres marques européennes et d’ailleurs me direz-vous… sauf qu’aux Etats-Unis s’applique l’extra territorialité ; En simplifié, toute marque faisant du business aux US décidant de s’ouvrir au marché iranien se prend une amende colossale ; les transactions étant principalement effectuées en dollars, elles doivent passer par des « chambres de compensation » ; des sortes d’intermédiaires entre les banques, quasi toutes situées aux US…et qui dit (en simplifié) situées aux US, dit obligation de respecter le droit américain.

Et entre un marché de 320 millions de personne aux US avec un pouvoir d’achat conséquent ; contre 80 millions en Iran avec un PIB/hab 11,5 fois inférieur…le calcul est vite fait. Les sanctions devaient récemment se lever, mais les Etats-Unis s’étant retirées de l’accord de Vienne sur le nucléaire de 2015, la fin de l’embargo, ça ne semble pas être pour demain.


Penser à prendre du cash sur soi et en conséquence, puisqu’aucune carte bleue ne fonctionne en Iran (du fait de l’embargo). Des euros et non des dollars pour payer son visa (les dollars marchent pour le reste). Pas de short/débardeur pour les hommes, pour les femmes, prendre des vêtements couvrants et une écharpe en guise de voile (pour l’anecdote, après avoir remarqué qu’on regardait quand même vachement mes pieds, j’ai fini par lire qu’en effet si les sandales étaient répandues, les « nus pieds » n’étaient quand même pas vraaaaiment monnaie courante). A noter aussi qu’un mini guide farci-français/anglais n’est pas toujours de trop car l’anglais est loin d'être si répandu à Shiraz (bon, on n’en avait pas, et on s’en est bien sorti, on a juste étrenné nos capacités de mime). Autre chose aussi, évitez tant que faire se peut les compagnies aériennes locales, pour la plupart sur liste noire, encore une fois du fait de l’embargo (en même temps, quand on voit les voitures, on se doute que les avions ne doivent pas franchement être mieux loties).



Pour les lecteurs

Romans (par ordre chronologique de mes propres découvertes et lectures)

Parisa Reza, Les jardins de consolation, 2015, ici (Iran)

Delphine Minoui, Je vous écris de Téhéran , Points, 2016 ici (Iran)

Negar Djavani, Desorientale, Liavana levi, 2016 ici (Iran)

Khaled Hosseini, Les cerfs-volants de Kaboul, 10-18, 2006 ici (Afghanistan)

Khaled Hosseini, Mille soleils splendides, Belfond, 2007 ici (Afghanistan)


Analyses politiques (par ordre chronologique de mes mémoires d’Ecole et mes curiosités personnelles)

Farhad Khosrokhavar, L’utopie sacrifiée, Presses de Sciences Po, 1993 ici

Mohammad-Reza Djalili, Iran : l’illusion réformiste, Les Presses de Sciences Po, 2001 ici

Thierry Coville, Les sanctions contre l’Iran, le choix d’une punition collective contre la société iranienne ?, La revue internationale, 2015 ici

Constance Arminjon, Une brève histoire de la pensée politique dans l’islam contemporains, Islams, 2017 ici

© 2018 - Textes et photos par Ambre Josse.  Portrait photo de présentation par Mademoiselle Moutarde
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