• Ambre

De l'art de s'interroger sur "l'overtourisme", (ou vous parler un peu du Sri Lanka)

Mis à jour : 27 mai 2019

Pour tout vous dire, je m’y suis reprise à bien des fois pour vous écrire cet article. Je voulais vous faire un texte sur le Sri Lanka dans la même lignée que la Géorgie. Vous parler du parcours, du pays, des impressions. Mais ce récent voyage m’a plutôt poussé dans une grande réflexion sur notre façon de voyager de laquelle j’avais envie de vous parler.

Récemment, j’ai été interpellée par la lecture de deux articles (ici et ici) sur ce qu’on appelle désormais l’overtourisme . Pas nécessairement celui des Club Med ou des circuits organisés qu’on aime à caricaturer ; plutôt celui qui consiste à se retrouver à 38 bateaux sur l’ile de Kho phi en Thaïlande, se faire rejoindre par des dizaines de bus pour regarder le même coucher/lever de soleil sur les temples de Bagan en Birmanie ou encore fréquenter une densité de population multipliée par 3 en Crète au mois de juillet. Ces articles évoquent notamment toutes ces perles touristiques, ces Angkor Vat, MachuPichu, ou même Tour Eiffel devenues aujourd’hui surexploitées, surfrequentées, monétisées et surtout désappropriées de la population locale.


Je vous écris sur le sujet parce que j’ai trouvé le Sri Lanka magnifique. Les cultures de thé y sont sublimes, la faune et la flore colorées, joyeuses et vives. Il y a des plages, il y a des temples, il y a des rues pleines de vie dans les villes. On y marche, on s’y repose, on s’y baigne, on s’y recueille, on y fait des rencontres et on y discute.

Mais voilà. Pour la première fois, je ne me suis pas retrouvée dans cette façon de voyager et j’ai trouvé que du monde (comprenez des touristes), il y en avait beaucoup ; que des façons de s’échapper de tout ce monde, il y en avait peu. Nuançons de suite, un pays n’en est pas moins beau parce qu’il est « touristique » (à commencer par la France). Le voyage, selon les gens, n’en est pas moins potentiellement inoubliable. Le Sri Lanka, c’était un très beau voyage, mais j’ai l’impression qu’on m’en a volé des bouts. Qu’ils sont restés avec toutes ces familles françaises croisées ou ces chemins de randonnée trop empruntés. Ça m’a fait penser avec nostalgie à la Calédonie, où il y avait la même nature, mais sans personne dedans.


(En photo Pigeon Island a Trincomalee - Sri Lanka)

Cette sur-fréquentation peut nous amener à nous interroger aussi sur nos « choix » de destination. Un des articles que je vous citais plus haut évoquait justement les sélections de pays de « tour du monde » : Vietnam, Cambodge, Thaïlande, Australie, NZ, Argentine, Peru, Bolivie… Une récurrence des destinations et au final peu de considérations pour des alternatives. In fine, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Tadjikistan, Guatemala, Albanie et j’en passe ont tout autant à offrir dans des environnements tout à fait différents. Le monde est grand et on s’imagine hélas bien trop souvent que ce qui n’est pas populaire est forcément en guerre ou à craindre.


Je ne suis pas en train de dire qu’il faut bouder ces pays, tout comme je ne suis pas en train de vous la jouer Indiana Jones du Pamir tadjik. Je n’ai pas hésité à me presser prendre ma photo du Christ Rédempteur sur les hauteurs du Corcovado, et j’ai fait partie des 980293 personnes qui sont allées à Santorin en plein mois de juillet. J’ai même trouvé ça très beau.

Récemment, Hélène de la jolie marque Gayaskin, évoquait cette réflexion concernant le Machu-Picchu : certes, c’était un lieu ultra fréquenté, très touristique, mais pour rien au monde, il aurait été question de passer à côté ; qu’un voyage ne se résume pas à un lieu, qu’on peut broder autour, à l’infini presque, comme on l’entend.


Je pense qu’il nous appartient de nous questionner véritablement sur nos façons de voyager et nos envies. À Rome, il y a quatre ans, je me souviens qu’on avait fini par se demander ce qu’on faisait là, à faire deux heures de queue parmi une montagne de touristes pour accéder au Colisée. C’était tellement un « incontournable touristique » que pas une seule seconde on s’est demandé si on en avait vraiment envie.

Il est facile quelque part, d’oublier qu’on voyage avant tout pour soi et non pour arriver au bout d’une longue liste de must see  ou must do. En tant que touriste, vous ne serez pas brulés sur l’autel du mauvais voyageur si vous avez préféré flâner dans les rues du Marais plutôt que monter en haut de la Tour Eiffel.



Voyager comme on en a vraiment envie ça peut commencer par des petites choses sur lesquelles on peut influer ; Notre destination bien sûr, Le mois de notre voyage (hors des vacances scolaires lorsqu’on le peut), notre logement (hormis l’hôtel vous avez une multitude de choix du couch surfing à l’airbnb (en appart solo ou chez quelqu’un) en passant par les chambres chez l’habitant/guesthouse (je ne jure que par ca)), vos choix de restaurants et bars (délaisser un peu les classements trip advisor ou les guides du routard et cherchez vos adresses dans des blogs ou même en demandant conseil aux gens du coin).

Je crois que le Kirghizstan, l’Iran et la Géorgie (qui sont néanmoins en passe de devenir à leur tour relativement populaires) m’ont marqué par cette liberté qu’ils laissent au voyageur de s’organiser à leur façon. Par une sorte de virginité du tourisme de masse (en tout cas du tourisme occidental et chinois). Par cette possibilité de se retrouver seule ou peu nombreux au gré des villes. Par le fait que vous êtes curieux d’autrui autant qu’autrui, cette fois, devient curieux de vous.


À chacun alors de s’interroger et façonner à sa propre image ses aventures. De tirer véritablement quelque chose de nos déplacements dans le respect du monde et d’autrui. Là alors, l’enrichissement réel, le souvenir indicible peut commencer.



© 2018 - Textes et photos par Ambre Josse.  Portrait photo de présentation par Mademoiselle Moutarde
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