• Ambre

De l’art de savoir se poser. Et respirer.

Aujourd’hui, j’étais contrariée parce qu’il me semblait que je n’avais rien fait de mon weekend. Voila. A qui voulait l’entendre, j’aurais dit « moui, boarf, j’sais pas trop». Pourtant en y regardant de plus près, j’aurais pu vous dire que si, j’avais fait du vélo, été courir, découvert un nouveau quartier de Dubaï, mis les pieds dans un marché hipster, assisté à un spectacle d’humoriste-pas-drôle, fait des courses, lu, écrit et que j’étais même passé à mon travail, ou bu des coups le samedi soir. Mais en fait voilà, j’étais contrariée car ce weekend, il me semblait que je n’avais rien « accompli ». Je n’avais validé aucune échéance particulière que je m’étais fixée, je n’avais pas fait de truc « qui sortait de l’ordinaire » (selon mes critères), avancé dans aucun préparatif de projets personnels que je peux avoir. J’étais contrariée et fatiguée qui plus est, parce que je n’avais pas franchement pris le temps non plus de me poser.


Rando Fujairah - Novembre 2018

En regardant des photos du weekend dernier à Fujaïrah (un des sept émirats composant les Emirats Arabes Unis), je me suis soudainement fait la réflexion que le bivouac, le « vrai », celui où l’on marche pendant des jours, qu’on dort en tente et cuisine au réchaud, celui où l’on se lave une fois au début et une fois à la fin (ça vend du rêve, c’est vrai) me manquait beaucoup. Que les treks longs (plus d’une semaine) me manquaient aussi. Soudain, il m’a semblé encore une fois, que je ne faisais rien non plus. Comme si tous les voyages de cette année (La Calédonie, débarquer aux Émirats, l’Iran, la Géorgie, le Sri Lanka, le Kazakhstan et Oman) n’avaient pas été « assez ». Qu’il aurait aussi fallu partir trois semaines en trek en Namibie, grimper le Kilimandjaro, camper au moins 10 nuits au total dans le désert et j’en passe…et ce juste pour la partie voyage.


Randonnee Fujairah - Nov 2018

Il m’apparut soudain que beaucoup de ces choses étaient parfois une course à l’accomplissement personnel, ma façon à moi et pour moi d’exister. Oh ce n’est pas pour tout le monde pareil, chacun à sa propre échelle de « pression » qu’il se met, ça dépend de notre caractère, de nos centres d’intérêt, de notre façon d’être. Mais il m’arrive aussi de me dire que c’est étouffant parfois, ces exigences que l’on peut s’imposer.


Tout mener de front, qu’importe ce que cela inclut, est parfois une sacrée organisation, un défi vis-à-vis du temps. Les gens avec des enfants vous diront ça souvent tenez. « L’organisation ». Au final, c’est valable pour tous. Peut-être un peu plus même, pour les gens qui, comme dans mon cas, ne sont pas très casaniers (une façon de dire aussi « s’ennuient vite » / « se réalisent par l’action »).

Comme tout le monde, en ce moment, globalement, je jongle entre divers projets, habituels centres d’intérêt et obligations. Il y a le travail à temps plein, la préparation de l’ironman (un long triathlon donc nager-rouler-courir, yoga et salle), la vie amoureuse bien sûr, la vie amicale, la pratique espagnol-portugais, des projets d’écriture, les voyages qu’on prévoit et puis la vie aussi, cet amas de trucs un peu chiants auxquels on ne coupe pas, comme le temps de transport, ranger son appart, cuisiner, tout ça.

Pour certains, cet emploi du temps est chargé, pour d’autres, c’est une blague, ils vous diront qu’en plus, ils emmènent leurs enfants à l’école tous les matins et travaillent 80 heures par semaine au bas mot. In fine, on a tous le rythme qui nous correspond, et les activités qui vont avec. Les activités que nos moyens nous permettent aussi.


Parfois, insidieusement, cet emploi du temps chargé devient une pression intense, une forme de course au « toujours mieux », au « toujours plus ». On n’a pas eu le temps de faire ça, On a fait « que » 6 heures de sport cette semaine, On a oublié de répondre à untel, On s’est pas occupé de tel truc (bref, ajoutez ce qui se cale à votre propre emploi du temps). On oublie parfois aussi. Que le temps qu’on aime à perdre n’est pas du temps perdu. Que faire des choses, c’est bien, mais qu’in fine, nous sommes les seuls à nous juger (sévèrement qui plus est) sur la ligne d’arrivée. Que personne ne sera là pour nous décerner une médaille une fois que tout aura été rayé de notre to do, puisque nous sommes le seul arbitre et que nous trouverons toujours 3 nouveaux éléments à ajouter si « on a tout fait dans les temps ». On peut être passionné, ne pas tenir en place, sentir que l’on se réalise par nos projets et par cette multitude de plans (je m’inclus là-dedans). Encore faut-il réaliser que tout ce qu’on mène déjà de front, c’est déjà immense, c’est déjà beaucoup. Que prendre le temps de se poser et regarder tout ce qu’on a déjà fait, tout ce qu’on fait maintenant, c’est bien, c’est beau, et parfois, l’espace d’un temps, ça peut être suffisant.


Tour des Annapurnas - Ghorepani - Av 2016

© 2018 - Textes et photos par Ambre Josse.  Portrait photo de présentation par Mademoiselle Moutarde
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