• Ambre

De l'art de vivre à Dubai en plein été

Mis à jour : 25 mai 2019

Aujourd’hui, le thermomètre a affiché 45°c pour la seconde fois de l’année. Loin des 55° promis, l’été s’est ici insidieusement installé, stagnant aux alentours de 40 depuis quelques mois et jouant à présent sur l’augmentation de l’humidité. C’est ainsi que mes rendez-vous vélo sont passés de 6h30 à 6h puis 5h et présentement 4h, que les entrainements de natation en eau libre ont tout simplement cessé pour cause d’eau « trop chaude ». C’est ainsi surtout, que j’ai fait le choix pendant quelques mois de dormir jusqu’à 8h et courir essentiellement sur tapis, laissant la piste de course

du bord de mer aux courageux dont j’ai décidé de faire autrement parti.


L’été Dubaiote est une sorte de fantasme au sens littéral du terme (Idée, représentation imaginaire suggérée par l'inconscient). Les Emirats Arabes Unis n’étant ni plus ni moins qu’un désert, l’été y est présenté par ses résidents comme un véritable cercle de l’Enfer de Dante ; je ne compte plus le nombre de fois où l’on m’a dit que « d’ici Mai, tu ne pourras plus mettre le nez dehors, et encore moins marcher jusqu’à ton travail ». Dans ce pays au culte de la climatisation, la température extérieure rivalise de façon inversement proportionnelle à celui de l’intérieur des bâtiments, me faisant porter quasiment tous les jours un pull au bureau, alors même que ma plus légère robe d’été ne suffirait pas à rendre la chaleur agréable sur le chemin.


Venant de Calédonie, et ayant donc tout de même une expérience certaine de « l’été chaud », me représenter la vision infernale qui m’était décrite était compliquée. Voici en quelques points ce que j’en conclus aujourd’hui :


1. Il fait chaud…mais pas siiii chaud.


Dubaï n’est pas une ville faite pour marcher. En été, elle est faite pour sortir de son appartement climatisé, monter dans sa voiture climatisée, et se rendre dans n’importe quel lieu climatisé. Si cette situation peut « choquer », elle n’est ni plus ni moins que le miroir de ce qu’il se passe l’hiver au Canada, et de ses sous terrains montréalais qui permettent de ne pas sortir affronter le froid : au grand maux, les grands remèdes.

Quelque part, j’aurais tendance à dire qu’à Nouméa par exemple, il est « normal » d’avoir chaud, « normal » d’être moite en faisant trois pas dehors, normal de ne pas avoir de clim et se contenter d’un brasseur d’air dans un coin de chambre. La chaleur et son coté parfois désagréable est quelque chose d’incontournable et de ressenti chaque année. Ici au contraire, la chaleur est aliénée, rangée, et n’a pas lieux d’être « vécue ». Pourquoi après tout dans un monde riche et moderne, s’infliger une telle peine si on peut mettre ça de côté avec une dose d’aménagement et de technologie ?

Au final, dans cette ville qui n’est pas faite pour marcher, je marche et me cramponne à cette habitude européenne d’arpenter les rues (enfin…les autoroutes). Contrairement à ce qu’il m’a été dit, on peut bien continuer à vadrouiller à pied et mettre le nez dehors plus de deux minutes. L’été est certes loin d’être une partie de plaisir, mais il ne consiste pas à griller instantanément lorsqu’on décide d’être dehors, quoi que les adeptes de la climatisation à 16°c en dise.


2. La température ne baisse jamais, jamais jamais. (Ah, je précise, sur la photo, nous étions en pleine tempête de sable)


Et c’est en quoi le fameux fantasme prend tout son sens. C’est aussi en quoi cet été est sans commune mesure avec ce qui fut expérimenté dans le Pacifique, en Europe, ou au Canada. Cette sensation de chaleur humide et écrasante est présente la nuit, à l’aube, le jour, au crépuscule, le soir, à n’importe quelle heure. La brise présente donne simplement la sensation qu’un sèche-cheveux nous envoie de l’air. C’est probablement ça le plus dur. Les étés chauds, vécus ailleurs laissent des plages de fraicheur, souvent courtes mais bel et bien présentes ; tôt le matin, tard le soir, sous la fraicheur des arbres... C’est en général le moment ou l’eau recouvre enfin sa température idéale. Ici, courir à 5h30 du matin, c’est accepter de courir déjà par 40 degrés et d’être déshydratée après 100 mètres. Grande frileuse que je suis, je ne pensais pas pouvoir dire un jour que oui, la mer pouvait être trop chaude. Pour terminer désert oblige, l’ombre sous les feuillages est un concept exotique et lointain. S’il vous vient à l’idée de venir visiter Dubaï entre juin et aout, oubliez. Vous n’y trouverez rien de ce qui fait la sympathie de cette vie et cette ville. Oui, on peut marcher pour se rendre d’un point A à un point B, mais c’est tout simplement « pénible ».

Finalement ce moment s’apparente un peu à l’hiver citadin français : on ne s’arrête pas de vivre, mais quelque part, on hiberne un peu.


3. Qu’est-ce qu’on en pense alors ?


A Paris, j’avais l’impression que l’été, le vrai, celui sans pull, sans frisson et sans grisaille, n’était, de façon réaliste présent que 3 mois dans l’année. Ici, a l’inverse, il s’agit plus d’accepter de passer trois mois à lire au bord de sa piscine en échange de 9 mois réels plein de doux soleil, de plage, ou de journée plein air…un « first world problem » plutôt acceptable (et a des années des problématiques des travailleurs en extérieurs).

Etre plus souvent enfermé.e et n’apprécier que peu d’être dehors par cette chaleur joue évidemment sur le moral (encore une fois, un peu comme l’hiver à Paris). Il y a plus d’un an, je préparais mon premier marathon parmi les arbres du bois de Vincennes et le long de la Coulée Verte. Préparer cette deuxième course sur tapis laisse forcément un gout amer et un sentiment d’entrainement « incomplet et mal géré » (à noter néanmoins que ce fut ma décision de choisir une échéance sportive à la fin de l’été…). Chaque lieu de vie a ses écueils. Mais, si l’été n’est pas drôle, j’attends encore de vivre la vision apocalyptique qui m’en fut dépeinte…à la fin juillet, il serait tout de même temps…

© 2018 - Textes et photos par Ambre Josse.  Portrait photo de présentation par Mademoiselle Moutarde
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