• Ambre

Petit guide à l’usage de ceux qui rêvent de s'expatrier

Mis à jour : 24 avr. 2019


Il y a un an, après sept années en France et une au Canada, j’ai empaqueté mes affaires pour m’installer aux Émirats Arabes Unis. Je dis « il y a un an », mais à vrai dire, c’était il y a un peu plus que ça, le 1er Mars 2018. L’idée me trottait dans la tête depuis quelques années, jusqu’à un voyage d’un mois au Brésil, en Aout-Septembre 2017. Aout-Septembre, c’est l’hiver au Brésil. Un hiver à 27°, passé entre plage et rando, à boire des caïpirinhas dehors au coucher du soleil. Bref, ce voyage a été l’élément déclencheur final qui a fait qu’après tout ce temps, après Paris et Montréal, il était temps de poursuivre sa conquête du monde, au chaud cette fois. Il aurait été possible alors de rentrer en Nouvelle-Calédonie, mais comme je l’expliquais ici, c’est quelque chose auquel je n’aspire pas vraiment pour le moment. Le monde étant vaste, les envies étaient nombreuses et il a donc fallu cibler. A l’époque, mon portugais n’était pas encore assez bon pour cibler le Brésil, et l’espagnol de Vincent tout comme le mien était alors un peu rouillé. Le choix s’est donc porté sur une liste de pays où l’anglais était courant.


Quand on songe à l’expatriation, il y a toujours deux phases. La première, celle où les possibilités vous semblent presque infinies, où vous vous imaginez emménager à San Francisco (« Comme ça on ira à Yosemite le weekend »), déambuler dans les rues de Medellin, ou apprendre le surf à Capetown.


Puis, la réalité nous rattrape par le biais de problématiques clés : la langue, la question du visa (espace Schengen ? Type de visa travail ?), le marché local de l’emploi (partir faire du fruit picking quelques mois en Australie n’est pas la même que de considérer un travail aligné à vos aspirations de carrière sur le long terme), salaire sur place et tout simplement la politique d’immigration que pratique le pays d’accueil. Je mentionne le « salaire sur place », parce qu’être aligné au niveau de vie du pays dans lequel vous êtes, c’est bien, mais si ce niveau de vie est autour de 1,500 euros par mois et que vous ne rêvez que de voyager aux alentours et revenir en Europe (ou en Calédonie) de temps en temps…ça complique la chose. De mon côté, le critère supplémentaire qui figurait sur ma liste était aussi le nombre légal de jours de congé par an dans le pays d’accueil (que voulez-vous, il faut ce qu’il faut pour explorer la région).

Autant vous dire qu’à partir du moment où vous réunissez tous ces critères, vos weekends dans les Keys ou vos soirées salsa à la Havane deviennent soudain un lointain souvenir.


Plusieurs options s’offrent à vous alors :


· Espérer partir avec votre entreprise française actuelle

· Tenter le VIE/VIA si vous avez moins de 29 ans le jour de votre départ en mission

· Décrocher le sacro-saint package d’expat (qui n’est plus qu’un doux souvenir, à moins que vous ayez plus d’une dizaine d’années d’expertise dans votre domaine ultra technique)

· Trouver un travail en contrat local

· Considérer un Permis vacances travail, si vous remplissez les conditions, type de visa qui, à défaut de vous donner un emploi, vous donne au moins la possibilité d’entrer dans le pays en chercher un sur place.


En étant désormais du coté de « l’étranger », ce que je peux vous dire, c’est qu’à distance pour un contrat local, ce n’est pas « mort par avance », maaaais….bon, c’est pas gagné non plus. Dites-vous qu’il y a en général bien assez de candidats sur place en mesure de se présenter physiquement à l’entretien pour que la plupart des recruteurs ne s’embêtent même pas à considérer de sombres histoires de visio-conférence ; D’autant plus si vous faire venir implique de contribuer d’une façon ou d’une autre à votre déménagement, de sponsoriser aussi le visa de votre conjoint ou je n’sais quoi.


Jeunesse oblige, Vincent et moi sommes partis en VIE, qui s’est par la suite transformé en contrat local après un an. Ça a donc impliqué de démissionner de nos CDI respectifs pour enchainer sur des postes qui correspondaient à nos profils : un Master dans le domaine visé et deux à trois ans d’expérience pro, le tout ponctué, ne nous mentons pas, de la bonne école et d’un anglais courant. La langue parlée, c’est la première chose sur laquelle il faudra être au top niveau si vous voulez partir par vos propres moyens.


J’ai tendance à dire qu’on avait fini par s’accorder sur Singapour, Sydney, Dubaï et (un peu) Capetown, et qu’on a opté pour l’endroit où l’on a trouvé en premier. Parce qu’immigrer, c’est aussi une histoire de patience, et nous, soyons honnête, ce qu’on voulait avant tout, c’était « partir ». Il se trouve qu’au moment où l’on cherchait, fin 2017, c’est clairement pour Dubaï qu’on a eu le plus grand nombre de retour. Dubaï n’était franchement pas mon coup de cœur de cette liste (liste qui était bien différente de celle de la « première phase » donc), mais il y a eu des mots clés qui ne m’ont pas laissée indifférente : Plages, Hub de voyages (notamment pour le Caucase), bonne qualité de vie et « ville d’expat ».


« Ville d’expat » ça veut dire quoi ?

C’est en général ce qu’on entend par des coins de type Singapour, Hong-Kong, Doha, ou justement Dubaï. C’est-à-dire qu’on travaille avec des dizaines de nationalités différentes dans un même bureau, qu’on entend parler plusieurs langues par jour, que tu prends une pause-café en espagnol avec ton directeur financier qui est argentin, tu échanges trois mots en portugais avec la responsable marketing mozambicaine, tu parles français avec ta voisine de bureau et anglais avec tous les autres. Que tes amis viennent des quatre coins du globe, et que la ville propose autant de cuisines différentes que de nationalités soit beaucoup beaucoup beaucoup.


On dit souvent que les villes d’expat n’ont « pas d’âme » et c’est quelque chose qui peut se comprendre dans le sens où il est difficile d’identifier une culture à une ville peuplée en grande majorité d’étrangers (88% de la population des Emirats est étrangère). Le communautarisme est aussi un fait – Quand on est loin de chez soi, on peut parfois avoir tendance à se retrouver « entre nous ». « Nous », c’est selon vos proximités culturelles (« Occidentaux », Latinos, Indiens, Pakistanais, Philippins…pour n’en citer que quelques-uns, sachant qu’il y a évidemment dans tout ça des sous-groupes) … J’aurais tendance à penser que l’identité de ces « villes expats » réside justement dans leur pluriethnicité et la richesse que cela apporte. Libre alors à chacun de dépasser son entourage et se confronter, par le travail ou sa vie personnelle, à rencontrer le plus de communautés possibles.

Il y a souvent un monde, entre les « oh j’aimerais bien aller… » et le passage à l’action. S’expatrier, c’est se plonger dans des méandres administratifs et logistiques : il va falloir stocker et déménager votre vie entière, faire certifier vos diplômes, préparer votre visa... Il faut souvent conjuguer nouveau travail, nouvel emménagement, nouveau pays, nouvelle culture en simultané, ce qui vous garantit quelques mois bien occupés, aussi bien en amont qu’en aval de votre départ. Ceux qui vous diront parfois que « l’âge d’or » du contrat d’expat (celui qui en gros, vous garantit des conditions de folies) est révolu n’ont peut-être pas tort, mais la réalité de la mondialisation rend aussi de plus en plus possible ces grands départs ; D’une certaine façon, partir n’a jamais été autant facilité, à défaut de facile.



© 2018 - Textes et photos par Ambre Josse.  Portrait photo de présentation par Mademoiselle Moutarde
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